Beethoven, Schumann : destins et tempêtes

par Dominique Vernier-Lopin 24 Septembre 2021, 17:01 Scènes

Théâtre des Champs-Élysées

Avec l’Orchestre de chambre de Paris

Jeudi 28 novembre 2019

Le programme est le suivant :

 

Ludwig van BEETHOVEN

Leonore, op. 72b ; ouverture n° 3

 

Robert  SCHUMANN

Concerto pour violon et orchestre en ré mineur

 

Ludwig van BEETHOVEN

Symphonie n° 5 en ut mineur « Symphonie du destin », op. 67

 

 

Le programme de cette soirée est dirigé par Constantin Trinks, chef d’orchestre allemand, régulièrement invité à diriger des opéras dans le monde entier.

 

Il est l’un des chefs majeurs dirigeant Wagner. Notamment il a dirigé pour le bicentenaire du compositeur Le Vaisseau fantôme à Dresde, Tannhäuser à Tokyo …

Il est très actif sur la scène orchestrale. En 2002 il rejoint le théâtre de Sarrebruck en tant que Kappelmeister puis devient directeur musical (2006-2009). Il est nommé directeur musical de l’Opéra de Darmstadt où il dirige notamment la première mondiale de Gisei de Carl Orff.

Beethoven, Schumann : destins et tempêtes

La soirée commence par Leonore, op. 72b ; ouverture n° 3 de Beethoven. L’œuvre composée en 1806 fait partie des quatre ouvertures que Beethoven avait choisies pour son opéra Fidelio. Beethoven n’était pas à son aise avec le genre de l’opéra, il n’y consacra d’ailleurs qu’une seule œuvre, Fidelio . On retrouve ici ses thèmes de prédilection : l’hymne à l’amour, à l’héroïsme, à la fidélité, à la liberté. Le livret de Fidelio est inspiré d’un fait divers authentique de l’époque révolutionnaire française, une femme, travestie en homme fut engagée comme geôlier d’une prison et parvint à libérer son mari incarcéré. Cette ouverture résume la fin de l’opéra : Léonore tente de faire délivrer son amant Florestan du cachot et arrive le gouverneur. Poème symphonique, il est d’une narration véhémente à la hauteur du destin de vie ou de mort du héros. De vigoureux traits de cordes viennent souffler un grand vent d’allégresse et de liberté. Les trompettes annoncent  la libération du héros.

 

La deuxième œuvre exécutée est  le Concerto pour violon et orchestre en ré mineur de Robert  Schumann, avec la participation exceptionnelle de la violoniste allemande Carolin Widmann.

Beethoven, Schumann : destins et tempêtes

Musicienne d’une polyvalence remarquable, Carolin Widmann joue les grands concertos classiques, les créations écrites spécialement à son intention, les récitals, le répertoire de chambre, les exécutions sur instrument d’époque et la pratique du joué-dirigé. Elle joue avec un violon de G.B. Guadagnini de 1782.

Elle  a collaboré avec la plupart des orchestres de renommée mondiale, à Berlin, à Paris, à Stockholm, à Seatle,  Sydney …

Elle reprend ici le concerto pour violon de Schumann qu’elle a enregistré en joué-dirigé en 2016 avec le Chamber Orchestra of Europe, l’un de ses préférés dont elle dit adorer « la noirceur, le côté abrasif et la tension constante, le désespoir du deuxième mouvement mais aussi la possibilité d’une consolation ». Elle dit dans une interview que, selon le compositeur Wolfgang Rihm, il s’agit là d’un « concerto pour violon grave » car il manque de brillance dans le registre aigu et que ce visage sombre traverse toute l’œuvre. Caroline Widmann excelle notamment dans le moment du premier mouvement où tout s’arrête pour ne laisser entendre que le violon solo et le hautbois puis le basson avec des accords de cordes clairsemés. Une musique très introvertie. La violoniste apprécie particulièrement de travailler avec l’Orchestre de chambre de Paris -c’est la première fois-, « c’est comme faire de la musique de chambre élargie » dit-elle

Après l’entracte, Constantin Trinks nous entraîne dans la  Symphonie n°5 de Beethoven, la « Symphonie du destin », op. 67. Le morceau commence avec ces quatre notes célébrissimes qui auraient fait dire au compositeur que c’était le destin qui frappait à la porte. Mais il ne s’agit pas là d’une mélodie initiale qui serait peu à peu transformée. Cette injonction farouche revient dans le premier mouvement de façon obsessionnelle et ensuite  dans le troisième mouvement, amplifiée par les cors. Entre les deux, le deuxième mouvement est empreint de sérénité, comme un calme après la tempête. Et enfin cet accord de do majeur répété, martelé, comme si le compositeur ne pouvait se résoudre à finir.

Constantin Trinks apporte sa fermeté, sa rigueur mais aussi sa légèreté à la direction d’instruments et c’est un très beau moment, salué par un public enthousiaste.

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